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Orthophonistes du Monde

La Lettre OdM 2009

CO-ENSEIGNEMENT, PASSAGE DE RELAIS

une mission d’enseignement à l’ENAM [1],Lomé, Togo, Octobre 2009

Vers une orthophonie africaine.

Les premiers orthophonistes togolais ont été diplômés en 2006 et sont en poste au Togo. La deuxième promotion terminera ses études en juillet 2010. La troisième est déjà en préparation … Dès le départ, avec nos partenaires, nous avions prévu de passer peu à peu le relais à nos partenaires africains, pour des raisons de cohérence financière mais également, mais surtout, parce que l’assistanat n’entre pas dans nos principes éthiques. Dès la première promotion, les enseignements généraux (données médicales, psychologiques, linguistiques) ont été apportés par des universitaires togolais. Les enseignements spécifiques d’orthophonie, eux, l’étaient par des professionnels français, experts dans chaque domaine enseigné. Pour cette deuxième promotion, il avait été décidé de faire prendre en charge ces enseignements sur les pathologies du langage et leurs remédiations par un tandem d’orthophonistes français et togolais : très bonne idée de l’avis général, le passage de relais se préparerait ainsi. Frédéric ABALO et Alfred KORE, les deux orthophonistes « moniteurs [2] » de l’ENAM, assistés de leurs collègues installés à Lomé, travailleraient de concert avec les enseignants français.

Co-enseigner …

Octobre 2009. Au moment d’assurer ma part de cet enseignement, je me retrouve confrontée à ce nouveau projet dans des termes très concrets. Comme Shirley Vinter pour le cours de deuxième année, je dois assurer mon cours avec Alfred KORE. Il a été mon étudiant en 2006 et j’ai pu suivre son cursus à l’ENAM. En septembre de cette année, nous avons contribué à lui organiser un stage de perfectionnement en France, principalement dans ce domaine de la surdité. Grâce à la diligence de notre ami Guy PLEUTIN, Alfred a été superbement accueilli par les réseaux médico-sociaux des Ardennes et a pu bénéficier d’un stage de grande qualité. Nous l’avons rencontré lors de notre Comité Directeur de fin septembre à Paris, peu de temps avant son retour à Lomé.Je connais donc Alfred et j’ai pour lui de la sympathie et de l’estime. Mais comment préparer ce co-enseignement avec lui ? J’ai eu l’occasion d’enseigner en France auprès de différents types d’étudiants, dans différents milieux professionnels, pour différentes durées … mais toujours seule ! Toutefois le cahier des charges des missionnés prévoit ce partage des enseignements et tous les collègues partis avant moi en mission l’ont assuré. Cette fois, c’est à moi de me lancer …Des échanges avec Alfred avant mon départ, le plan des interventions qu’il a déjà préparées, mon propre cours dans ma valise avec des documents papier et vidéo ... Lundi 12 octobre, dans la chaleur togolaise heureusement tempérée par une climatisation toute récente de la salle de cours, Alfred et moi nous retrouvons devant les 14 étudiants de la promotion.12 hommes et 2 femmes - l’accès aux études supérieures n’est pas encore facile pour toutes les africaines - 11 togolais et 4 étudiants d’autres pays africains - notre souhait d’essaimer dans la région commence à se réaliser. Les étudiants sont tous là, prêts pour ce premier cours de leur année universitaire. Alfred a préparé un power point et se lance. Il n’a que quelques années de pratique de l’orthophonie et ce sont ses déjà ses premières expériences d’enseignement … en ma présence et sous mes regards, beaucoup jugeraient la tâche inconfortable ! Alfred assume ce défi avec calme et je suis étonnée de la maturité de son enseignement. Certes, j’apporte parfois des précisions, des explications, des liens avec la pratique, mais je ne relève aucune erreur. Je retrouve parfois dans son propos des précisions issues de nos cours mais elles ne sont jamais plaquées, il est capable de les expliciter, de faire des liens. Quel travail ! Tous les soirs nous passons du temps à faire un débriefing de la journée et retravailler le planning du lendemain, cherchant notamment ensemble comment mettre en place les indispensables travaux dirigés. Alfred se souvient bien du petit « jeu » des questions-réponses que j’avais instauré en 2005 : chaque étudiant tirait au sort un mot-clef du cours de la veille et devait le rédéfinir devant les autres : une façon de s’assurer que les principales données du cours étaient intégrées et un bon exercice pratique de pédagogie et d’expression orale … pas facile sans doute ! D’autres enseignants s’étaient pris à ce jeu et les étudiants de la première promotion semblaient en avoir tiré profit. La seconde promotion n’y a pas échappé et les étudiants s’en tirent bien. Nous multiplions également les exercices de mise en situations, à partir d’objets de tous les jours, de bricoles rapportées de la maison ou ramassées en chemin. Tout d’abord déconcertés, les étudiants se prennent au jeu et un soir nous devons même les arrêter bien après l’heure habituelle de fin de cours. Un grand moment : plusieurs exercices imaginés par un étudiant à partir d’un tuyau de plastique semi-rigide emprunté sur un chantier et devenu matériel de psychomotricité, base d’une séance de langage … et amplificateur naturel de la voix !Lorsqu’Alfred enseigne, il accepte volontiers que j’ajoute des commentaires, des précisions. Lorsque je « prends le volant », il faut également qu’il joue le même rôle, qu’il soit vigilent à ce que mes propos soient compréhensibles, qu’il fasse des liens avec la réalité de la pratique africaine que je connais un peu mais qu’il vit lui réellement, au jour le jour. Au fil de la semaine, Alfred s’autorise plus à ces ajouts, toujours avec calme et gentillesse.La semaine de cours passe à toute vitesse, bien plus vite que les autres semaines que j’ai pu assurer. Je n’en reviens pas. J’appréhendais un peu ce co-enseignement et cela a été une expérience encore nouvelle. Portés par l’enthousiaste participation des étudiants, nous avons partagé un moment de travail intense et positif.

Passage de relais.

La troisième promotion devrait voir le jour en octobre 2010. Les problèmes financiers et organisationnels ne manquent pas, nous vous en reparlerons dans les prochaines Lettres d’OdM. Dans tous les cas, l’enseignement sera assuré en plus grande partie par les orthophonistes-moniteurs de l’ENAM et nous réfléchissons avec eux à la mise en place de quelques missions d’appui pour conforter cette autonomie sans les laisser encore tout à fait seuls. Mais je suis rassurée : le passage de relais est en cours.Elisabeth MANTEAU, Lomé – Saxi-Bourdon

[1Ecole Nationale des Auxiliaires Médicaux

[2C’est ainsi qu’on nomme les professionnels enseignants de leur spécialité au sein de l’ENAM (infirmiers, kinésithérapeutes, orthoprothésistes etc.)


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